Saturday, October 09, 2004

La différence entre les USA, l'Iran, et les autres dictatures…

En se basant sur des faits divers se passant aux États-Unis (prison pour une journaliste du New York Times refusant de citer ses sources, le site contestataire Indymedia coupé après une descente du FBI), Léon, l'un de nos détracteurs (et grand maître dans l'usage du copier-coller), a l'habitude de poser la question suivante, suivi d'un smiley suffisant et méprisant :
QUELLE EST LA DIFFERENCE FINALEMENT ENTRE LES USA, L'IRAN ... ET LES AUTRES DICTATURES ???????
Tentons d'apporter un début de réponse…

La première différence entre les USA, l'Iran, et les autres dictatures, Léon, c'est que tu es au courant de l'évènement qui fait que tu puisses poser cette question. Si cela avait été tenu au secret, s'il n'y avait pas eu de journalistes présents (nationaux ou étrangers, occidentaux ou autres), tu ne saurais pas le nom de la journaliste ou du site, et tu ne serais même pas au courant de ce qui s'était passé (ou qu'il s'était passé un quelconque événement de ce type). (N'est-ce pas là, par ailleurs, l'une des raisons que nombre de gens — et de gouvernements et d'associations caritatives — sont tellement indulgents envers les dictatures — les vraies — de par ce monde?)

Tu es au courant d'évènements de ce type, parce que des journalistes ont écrit à propos de ces évènements, des journalistes qui, pour certains, sont tout aussi outragés que toi, et qui ne craignent pas des sanctions de l'État ou même d'être virés de leur journal. Et qui savent que si sanctions il pourrait y avoir, ces sanctions pourraient facilement, dans l'opinion publique, se retourner contre les sanctionneurs. Dans les "autres" dictatures, il n'y a pas d'opinion publique, ou il n'y en a pas, d'opinion publique, qui vaille. Ce qui nous amène au point suivant…

La seconde différence entre les USA, l'Iran, et les autres dictatures, c'est que l'évènement — étant connu de tous — a suscité une polémique, et a suscité, ou suscitera vraisemblablement, un procès. Si les accusés perdent parfois leurs procès, parfois ils les gagnent, et le tribunal est ouvert aux journalistes — à des journalistes indépendants —, souvent au public. Quel que soit l'issue du procès — et c'est ça qui compte par-dessus tout —, la polémique restera, et sera garant du fait que les adversaires de l'administration au pouvoir peuvent s'en servir pour embarrasser le gouvernement, ou l'attaquer — exactement comme tu le fais — et, qui sait, peut-être le pénaliser lors des prochaines élections.

La troisième différence entre les USA, l'Iran, et les autres dictatures, c'est que la sanction, si sanction il y a, risque d'être fair. Dans les cas de condamnation, l'accusé a le droit de faire appel ; non seulement il a ce droit mais il aura le soutien direct d'organisations, parfois puissantes (comme le New York Times), et il aura le soutien, indirect, d'une partie de la population (comme toi). Au cas où il perdrait son appel (ou ses appels, s'il en fait plusieurs), sa punition n'entraînera rien qui n'ait pas été décidé par un juge officiel selon les lois : pas de coupures de langue, pas d'amputations de bras au niveau de l'épaule, pas d'acide dans le visage, pas de viol collectif de l'épouse enceinte suivi de l'ouverture au couteau du ventre de celle-ci afin d'en arracher le bébé et, ce faisant, tuer et ce dernier et la mère. Et au cas où des gardiens abuseraient du prisonnier, ou de la prisonnière, eux, ainsi que les autorités pénales, seraient sanctionnés eux-mêmes, tandis que le gouvernement souffrirait au moins de l'embarras dans l'opinion publique et par la remise en question par un nombre de ses supporters (cf. la pénalisation lors des élections qui suivent)…

Voilà un petit début de réponse, Léon…

As-tu d'autres questions?

(PS : Sinon, nous serions très heureux de lire les autres commentaires que tu auras écrit ailleurs sur la toile. Nous serions heureux — puisque tu mets les USA, l'Iran, et les "autres" dictatures sur un même plan — que tu nous présentes des hyperliens vers d'autres sites (des permalinks) dans lesquels tu auras écrit et signé des commentaires indignés sur les abus et les dépradations en Iran et dans les autres dictatures… (En attendant, nous retenons notre souffle…))