Sunday, November 20, 2011

Coluche and the French Republic Which Is Not as Republican as Often Vaunted


Patrick Jarreau has a Le Monde book review about Jean-Jérôme Bertolus and Frédérique Bredin's Tir à vue : La folle histoire des présidentielles, which doubles as a documentary on the France 3 television channel with Michel Royer.
Ce livre n'aurait pas pu être écrit il y a dix ans. Les personnages qui s'y expriment auraient tenu des propos plus évasifs, et les journalistes auraient dû s'en contenter. Pourtant, de Charles de Gaulle cherchant à éliminer Georges Pompidou, en 1968 et 1969, jusqu'à Jacques Chirac tentant de se débarrasser de Nicolas Sarkozy en 2004, en passant par la rivalité Mitterrand-Rocard des années 1980, l'attraction de ce pouvoir suscite des comportements peu édifiants et fabrique une vie politique décevante. La défiance qu'expriment les citoyens envers leurs dirigeants en est la conséquence.

La France "a des institutions qui invitent à la trahison", observe François Bayrou, parce que "tout pouvoir vient du sommet" et qu'on tente de prévoir qui sera le maître demain pour se ranger à temps derrière lui. Ce constat lucide est le revers du dithyrambe chanté par Henri Guaino, pour qui, "en faisant adopter l'élection du président de la République au suffrage universel", le général de Gaulle "a renoué un vieux fil de l'histoire de France", car "l'élection est un sacre". Comment mieux avouer que cette République-là n'est pas tout à fait républicaine ?
In a separate article, Daniel Psenny reveals how the tongue-in-cheek 1981 presidential campaign of a humorist was taken very seriously by the powers-that-be (the state "panicked") and how the humorist — Coluche got up to 16% in the polls — was put under surveillance and was hassled, receiving death threats so credible that he finally caved and withdrew from the race.
En quelques mois, il est crédité de 16 % d'intentions de vote. Un score qui inquiète autant la droite que la gauche. Mais, en avril 1981, au grand dam de ses comités de soutien, il annonce son retrait de la course présidentielle.
Que s'est-il passé ? Dans leur documentaire Coluche : un clown ennemi d'Etat, Jean-Louis Perez et Michel Despratx racontent, à l'aide de nombreux témoignages, comment l'Etat a demandé aux Renseignements généraux (RG) d'utiliser tous les moyens pour obliger le comique à renoncer à sa candidature.

Pour la première fois, les auteurs montrent le dossier des RG n° 817706 au nom de Michel Colucci, où sont consignés son casier judiciaire et toutes ses activités quotidiennes. Une opération supervisée de près par

le « groupe de direction » des RG qui n'a pas hésité à sortir des clous de la légalité et à utiliser des moyens très musclés, comme le révèlent plusieurs flics ayant participé à cette déstabilisation. « Il est vrai que le «groupe de direction» des RG était un Etat dans l'Etat policier », reconnaît Yves Bertrand, directeur des RG de l'époque.

A plusieurs reprises, Coluche a reçu des menaces de mort signées « Honneur de la police », un commando qui avait revendiqué l'assassinat de Pierre Goldman quelques mois auparavant. Les auteurs montrent aussi que la surveillance de Coluche ne s'est pas arrêtée après le retrait de sa candidature.

Elle a continué jusqu'au 19 juin 1986, jour de son accident de moto mortel. Le lendemain, la main anonyme d'un fonctionnaire de police a écrit sur le dossier : « DCD ».