M A I N P A G E


Monday, September 11, 2006

9-11 remembered by a French writer 

posted by U*2 @ 08:21

"Car si, d’une part, le communisme n’a jamais été aussi populaire et influent de par le monde, en un mot furieusement branché, d’autre part, le capitalisme fait l’objet d’une diabolisation tous azimuts, des arts aux lettres en passant par le café du coin, la télé et l’université. Témoin l’anti-américanisme qui suinte par tous les pores de la planète, en particulier en France. Par exemple, je me souviens du 11 septembre 2001. J’avais ma mère au téléphone, elle me demandait « Pourquoi, mon fils, pourquoi ?!... » avec toute l’angoisse du monde dans la voix et, soudainement, elle se mit à pleurer comme la pluie de la seconde où elle vit sur son écran un homme et une femme sauter d’une tour en feu main dans la main. Mais je me souviens aussi et surtout du 12 septembre 2001, quand tous mes collègues me raillèrent durant la pause-café, se gaussant de mon désarroi, conspuant l’« arrogance » des yankees et l’« impérialisme » de leur chef Bush. Ce qui est pire, c’est que, bien que je puisse aujourd’hui être étiqueté comme artiste ou intellectuel, à l’époque je ne travaillais toutefois pas dans un environnement artistique ou intellectuel qui sont traditionnellement anti-capitalistes, donc anti-américains, non, je travaillais dans la police parisienne. Je l’affirme pour l’avoir vécu aux premières loges : le 12 septembre 2001, une écrasante majorité de Français ne versèrent pas la moitié d’une larme sur ce qui venait de se produire à New York. Au demeurant, rien d’étonnant, l’anti-américanisme français est dans la logique de son ahurissante complaisance vis-à-vis du communisme. Aussi, au premier jour de l’intervention américaine en Iraq en mars 2003, 4% des Français l’approuvèrent-ils « tout à fait », 87% la désapprouvant. 4%. Quatre malheureux Français sur cent ... Ou encore, lors de l’élection présidentielle américaine de 2004, seulement 11% des Français auraient voté pour Bush qui portait haut et droit la bannière étoilée du capitalisme. 11%. Un malheureux Français sur dix ... Et voici un florilège des gros titres de nos grands journaux et magazines à l’occasion de la réélection de George Bush en 2004 : « Bush, l'homme à battre » (Libération), « Bush 2 : pire que Bush 1 ? » (Courrier International), « Bush 2 pire que Bush 1 : L'Amérique de la peur a gagné » (Le Nouvel Observateur), « L'Empire empire » (Libération), « L'Amérique d'en bas reconduit Bush » (L'Express), « Une victoire désespérante » (L'Express), « Bush : peut-il changer ? » (Le Point), sans parler des pravdesques présentateurs des journaux télévisés qui avaient plus que jamais un balai là où je pense et pâlissaient à vue d’œil comme s’ils s’apprêtaient à commettre le seppuku du samouraï. Vous en revoulez ? Voici les gros titres de quelques-uns des grands organes de presse français (Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, Le Figaro, Paris Match, Marianne, Télérama) à l’occasion de l’ouragan Katrina de 2005, l’un des pires cataclysmes naturels à avoir jamais ravagé les États-Unis (œil du cyclone large de 50 kilomètres, vents de 300 km/h ...) : « Titanic Bush », « Bush : la chute du pompier-pyromane », « Barbara Bush a peur des réfugiés », « Pour prévenir la critique, Bush visite les régions dévastées », « Bush connaissait l’ampleur du cyclone Katrina », « Bush était averti des ravages du cyclone, la preuve par l’image », « L’Amérique mise à nu : le cyclone révèle les déchirures de la société du chacun pour soi », « Les Américains consternés par la fragilité de leur puissance », « L’Amérique à vau-l’eau », « Le Naufrage de l’Amérique », « La superpuissance contrainte d’appeler à l’aide », « Un rapport dévoile l’incapacité des États-Unis à bien gérer les dons étrangers », « Une nation à la dérive : quand l’Amérique apparaît comme une société arrogante, raciste et amnésique », « Nous avions peur d’être envoyés au Convention Center pour y mourir », « Les rebelles de la Fox : quand les reporters de la chaîne la plus réactionnaire du pays sympathisent avec les victimes de Katrina ». De relire ces immondes manchettes qu’osa la presse française, j’en vomirais sur mon drapeau national. Katrina fit 1500 morts, c’est 1500 morts de trop, mais rappelez-moi combien en fit une simple canicule en 2003 en France, pays de l’autoproclamé « meilleur système de santé du monde », pays cinq fois moins peuplé que les États-Unis ? 15000 ? 15000, 1500 multiplié par 10 ?! Vous êtes sûr ?!... Et que dire de la couverture de la guerre en Iraq qui, en France, atteignit et continue d’atteindre des sommets de haine où le mensonge le dispute en abjection au ridicule, les beaufs pinard-baguette du Parti Communiste donnant la main aux beaufs baguette-pinard du Front National pour danser la carmagnole anti-américaine, vieille antienne franchouillarde. Et pourtant ...

Et pourtant, l’Amérique est la seule utopie qui ait jamais marché."


Bertrand Latour, French preface to the Vietnamese language edition of George Orwell's 1984, Editions Underbahn.


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